Chères amies,
Nous vous écrivons depuis le Rojava, au cœur de la révolution des femmes, avec notre mise à jour quotidienne.
Nous félicitons toutes les femmes à travers le monde à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes et honorons la mémoire de toutes celles qui ont donné leur vie en luttant pour la liberté. Nous pensons aussi à toutes les femmes qui, en raison de leurs conditions de vie, de leur travail harassant dans les usines, les hôpitaux ou le service domestique, de leur emprisonnement ou de l’oppression exercée par les hommes, ne peuvent pas descendre dans la rue aujourd’hui.
Aujourd’hui, le 8 mars, des manifestations et des rassemblements ont lieu dans tout le Kurdistan.
Le KJK
La Communauté des Femmes du Kurdistan (KJK) appelle aujourd’hui à une lutte mondiale des femmes pour la liberté, l’égalité et l’autodétermination, ainsi qu’à une organisation internationale des femmes contre le patriarcat, la guerre et l’exploitation capitaliste. Dans une déclaration, elles affirment : « Le 8 mars est l’esprit de la démocratie et de la liberté. Malgré la répression, la violence et les massacres, les femmes ont organisé leur résistance dans tous les domaines de la vie – dans les prisons, dans les montagnes, dans les rues, dans les usines, dans les champs et au sein des familles. »
Face à la situation mondiale, nous voyons que la lutte des femmes est au centre d’une vie libre et démocratique. La conjoncture internationale actuelle est marquée par des dirigeants populistes et autoritaires qui privilégient leurs intérêts de pouvoir au détriment des valeurs démocratiques et des besoins de la société. Cela se manifeste particulièrement dans les attaques actuelles au Moyen-Orient. Cette guerre n’est pas seulement un conflit pour le pouvoir géopolitique, fondé sur des décennies d’hostilité entre les États-Unis, Israël et l’Iran, mais elle suit aussi une logique étatique spécifique. Il s’agit d’influence, de contrôle et de remodelage du Moyen-Orient.
Parallèlement, les modèles alternatifs de société subissent une pression croissante. Les modes de vie démocratiques, comme les projets d’autogestion qui se distancient consciemment des idéologies autoritaires, patriarcales et capitalistes, sont attaqués. Cette logique étatique affaiblit ou détruit les structures démocratiques communales et locales, tout en centralisant et en monopolisant des secteurs clés de la société, tels que l’économie, l’éducation, la santé et la sécurité. Les femmes, qui sont l’épine dorsale de la société, jouent donc un rôle crucial dans la construction d’une société démocratique. Ce n’est un secret pour personne que les guerres se font principalement sur le dos de la population civile. Les femmes et les enfants sont parmi ceux qui subissent le plus la violence, les déplacements et les conséquences sociales des conflits.
Le KJK lance donc un appel aux femmes pour qu’elles s’organisent par-delà les frontières et agissent en solidarité. Les attaques croissantes contre les droits des femmes dans le monde sont étroitement liées à la crise du système patriarcal-capitaliste. De la violence sexuelle aux États-Unis aux viols de masse en Asie, des féminicides en Amérique latine à l’esclavage des femmes par des milices armées en Afrique et au Moyen-Orient – toutes ces évolutions doivent être comprises comme les manifestations d’un même système mondial.
Abdullah Öcalan
Dans un message de salutation pour le 8 mars, Abdullah Öcalan souligne que la libération des femmes est la question sociale la plus importante de notre époque. Une société démocratique et socialiste ne peut émerger que si les femmes vivent librement, avec des droits égaux et en autodétermination. La révolution des femmes doit donc être prioritaire et comprise comme la base pour résoudre tous les autres problèmes sociaux. Il rappelle également que des approches théoriques comme la modernité démocratique et la Jineolojî (science des femmes et de la vie) ont déjà été développées pour conceptualiser la libération des femmes. Il s’agit désormais de mettre ces idées en pratique et de construire une société en adéquation. Historiquement, les femmes ont joué un rôle central dans l’émergence de la société. Leur rôle communautaire et constructif a rendu possible la coexistence humaine. Cependant, pour construire un avenir libre, il est essentiel de comprendre les origines historiques de l’oppression et de l’asservissement des femmes.
Les YPJ
Aujourd’hui, 8 mars, les Unités de Protection des Femmes (YPJ) soulignent également l’importance historique de la résistance des femmes et réaffirment leur détermination à défendre les acquis de la révolution du Rojava face aux attaques et aux menaces. Le nouvel accord d’intégration ne consacre pas encore les droits des femmes ni la mise en œuvre de leurs avancées. Nous devons donc continuer à nous battre et à négocier, pas à pas, pour les détails de l’accord et les lois de la Constitution syrienne.
Nous luttons pour l’inscription des droits des femmes, comme le maintien de la coprésidence, la reconnaissance de la Jineolojî comme science des femmes, l’intégration des YPJ dans l’armée syrienne et l’enseignement du kurde dans les écoles. Les institutions féminines, telles que les refuges pour femmes, les organisations de femmes, les tribunaux et les conseils de femmes, doivent continuer à bénéficier d’un financement constant. Sans organisation autonome des femmes, il ne peut y avoir d’amélioration des conditions de vie ni des droits des femmes.
Medya
Dans les zones de défense de Medya, les copbattantes célèbrent la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars. En mémoire de la lutte pour la libération des femmes, elles chantent, scandent des slogans et exécutent des danses traditionnelles. Elles soulignent l’importance de l’autodéfense et de l’organisation. Elles rendent aussi hommage aux combattantes tombées au combat : Deniz, Sûdar, Çîlan, Siyajîn, Arîn et Zîyajîn. Elles ont « semé les graines de la liberté dans cette terre » et poursuivent le combat pour une vie libre et égalitaire avec leur héritage.
Qamishlo
À Qamishlo, les femmes se rassemblent aujourd’hui dans un gymnase pour manifester ensemble le 8 mars. Parmi elles se trouvent les familles dont les enfants ou les proches sont toujours portés disparus ou emprisonnés. Nous voyons des femmes déterminées, conscientes que les attaques et la lutte pour la liberté et la démocratie sont loin d’être terminées. Cette détermination soutient aussi les familles des disparus et des prisonniers, qui luttent aujourd’hui avec une grande douleur et une profonde colère. Des mères en larmes brandissent des banderoles avec des slogans comme « Nous exigeons nos morts et nos disparus » ou « Nous voulons nos enfants ». L’atmosphère est marquée par la souffrance et les pertes des dernières semaines. Depuis les attaques du gouvernement intérimaire syrien, 1 070 prisonniers sont détenus dans les prisons syriennes, parmi lesquels des civils et des combattants. Le Gouvernement fédéral de transition syrien et les milices turques qui le soutiennent sont accusés d’actes de violence atroces, incluant des meurtres, des mutilations de cadavres, des massacres, des pillages et des vols.
Conseil des familles de Kobanê
Le Conseil des familles de Kobanê exige également des réponses concernant les disparus et la libération des prisonniers. Ils déclarent que depuis les attaques du 6 janvier, les meurtres ont principalement été commis en fonction de l’appartenance culturelle, politique ou religieuse. Les proches critiquent le fait que, malgré le cessez-le-feu et l’accord d’intégration entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement de transition syrien, les attaques se poursuivent. Ils appellent les forces internationales à maintenir la pression sur le Gouvernement de transition syrien.
Lors d’une rencontre avec une délégation de familles de disparus et de prisonniers, Mazlum Abdi a indiqué que des efforts intensifs étaient en cours pour résoudre ce problème. Le retour des prisonniers dépend d’un plan convenu en temps voulu. Abdi a déclaré : « Les efforts se poursuivent avec une grande intensité. Les prisonniers devraient pouvoir rentrer auprès de leurs familles dans un avenir proche. » Plusieurs prisonniers des deux côtés ont déjà été libérés ces derniers jours. Ces mesures s’inscrivent dans des démarches concrètes pour résoudre la question des prisonniers.
Sur ces mots, nous souhaitons à toutes les femmes une journée de lutte militante et vous adressons nos salutations révolutionnaires depuis le Rojava.
Jin, Jiyan, Azadî !
Femme, Vie, Liberté !

