Chers amis, chères amies,
Nous vous écrivons pour vous faire part des dernières nouvelles du Rojava, le cœur de la révolution des femmes. Nous avons vécu beaucoup de choses ces derniers jours.
Toute la communauté est en effervescence et se prépare pour les festivités. Cette année, l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du jeûne, et Newroz, la fête du printemps et de la résistance, ont lieu en même temps.
La fin du jeûne
En prévision de la grande fête de l’Aïd al-Fitr, qui s’étend sur plusieurs jours, les familles ont nettoyé leurs maisons, préparé des biscuits aux noix et aux dattes, acheté des friandises et cuisiné pour accueillir toute la famille et tous leurs invités. L’Aïd al-Fitr commence dès l’observation du Hilal, le minuscule croissant de lune, le soir suivant la nouvelle lune.
Le premier matin après la rupture du jeûne, la tradition veut que la communauté se rende au lever du soleil au « Sehidlik », le mémorial et le lieu de sépulture des martyrs tombés au combat. Les familles des disparus distribuent des friandises et leur rendent hommage avec les visiteurs. Pour les familles dont les proches sont morts plus tôt cette année lors d’attaques menées par le gouvernement intérimaire syrien et l’État turc, ce rassemblement est important pour faire leur deuil et pour perpétuer l’héritage de la vision de leurs proches disparus d’une vie libérée et démocratique. Après avoir visité le sanctuaire, la tradition veut que les enfants aillent de porte en porte pour demander des friandises. Les sacs pleins de friandises, ils rentrent chez eux pour y trouver les premiers invités déjà présents. Les jours de rupture du jeûne sont également l’occasion pour la communauté de se rendre visite. On y boit du café ou du thé ensemble, on y partage des friandises et, surtout, on y discute des événements récents. Certaines familles ont évoqué la division entre les populations arabes et kurdes comme une stratégie des puissances impérialistes, tandis que d’autres ont parlé de leur travail, de l’importance de la reconnaissance de la langue kurde ou des prières du vendredi à la mosquée.
Newroz
Les préparatifs du Nouvel An battent leur plein depuis quelques jours. Chaque soir, un feu était allumé dans un quartier différent de la ville, et les gens se rassemblaient pour danser. Le Newroz est célébré dans tout le Kurdistan, ainsi qu’en Iran, en Afghanistan, en Azerbaïdjan, au Tadjikistan et au Baloutchistan. Le 21 mars, toute la population s’est à nouveau réunie et a allumé un feu en signe d’énergie. Des milliers de personnes ont dansé, chanté et fait de la musique ensemble dans les villes, les villages, les montagnes et le long de la rivière. Les danses sont des rondes communautaires où tout le monde se tient par la main et ressent un rythme commun à travers les corps des uns et des autres. Les gens portent des vêtements colorés aux motifs et tissus variés ou des costumes traditionnels guerrila. Le printemps s’épanouit non seulement dans la nature, mais aussi dans l’esprit des gens. Les animaux sortent de leur hibernation hivernale, tout comme la société. Les coutumes et rituels culturels revêtent une grande importance pour la vie communautaire. Ce rassemblement s’appuie sur les fondements d’une histoire commune.
En période de guerre notamment, les festivals, les rassemblements et la résistance sont des moments où la population puise sa force.
À l’occasion du Newroz, les femmes de la population appellent à rester fidèles à l’identité kurde. Ce festival est un symbole de liberté et d’identité et incarne à la fois une dimension culturelle et un héritage historique transmis de génération en génération.
À Ahmed, dans le nord du Kurdistan, les paroles d’Abdullah Öcalan ont été lues à haute voix. Il s’adresse à la population et appelle chacun à passer à l’action. « C’est entre nos mains de faire de cette année une véritable année de liberté pour tous les peuples du Moyen-Orient. »
Attaques du gouvernement de transition syrien et de l’État turc
À notre retour du festival de Newroz, une terrible nouvelle nous est parvenue. Après les célébrations de Newroz, les gens sont rentrés chez eux. Au cours de leur trajet, ils ont été victimes d’attaques violentes de la part de groupes affiliés au gouvernement de transition et de partisans de l’État turc. Ces groupes ont mis en place des postes de contrôle mobiles sur la route entre Afrin et Alep et interrogent les habitants de retour pour savoir s’ils sont kurdes, avant de les attaquer. Ils sont traînés hors de leurs véhicules, qui sont détruits. Les groupes leur prennent leurs drapeaux kurdes et les brûlent, les traînent hors de leurs voitures et les frappent. La moto d’un Kurde a été incendiée. À Afrin, Tal Rifaat et Al Bab, les persécutions contre les Kurdes célébrant le Newroz et arborant des drapeaux kurdes sont particulièrement violentes. Parallèlement, d’autres convois du gouvernement intérimaire syrien et de l’État turc se sont mis en route vers Sheikh Maqsoud pour y commettre leurs atrocités.
Les forces de sécurité du canton de Jazira ont condamné les attaques contre la population kurde à Afrin et à Alep et ont appelé à la retenue face à ces attaques. Le soir même, des centaines de personnes sont descendues dans les rues à Derik, Hassaké et Qamishli pour protester contre les attaques visant la population kurde. Elles ont appelé tout les partis à faire preuve de retenue face à ces provocations. Ces attaques, en particulier après les célébrations du Newroz, démontrent une fois de plus à quel point l’État turc et le gouvernement intérimaire syrien sont déterminés à briser l’esprit de résistance et la croyance en une vie libre et pacifique en Syrie. Ils recourent à des stratégies d’intimidation et d’incitation mutuelle contre les populations arabes et kurdes. Ces stratégies visent à déstabiliser la population et à saper la coexistence démocratique.
Libération de nouveaux prisonniers
Ces derniers jours, 300 prisonniers détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont été libérés à Hassaké dans le cadre d’un échange de prisonniers. Ils ont été accueillis jeudi soir dans le nord de la ville par des membres de leur famille et des représentants de l’Administration autonome. Les prisonniers libérés sont originaires de diverses régions du nord et de l’est de la Syrie, notamment de Hassaké, Qamishli, Kobané, Afrin, Deir ez-Zor, Sheda et Alep. Ils avaient été enlevés en janvier lors de l’offensive menée contre l’Administration autonome par les troupes et les milices du Gouvernement fédéral de transition. Chaque libération constitue une avancée majeure et revêt une grande importance pour les familles, dont certaines vivent dans l’incertitude, la peur et le chagrin depuis des années.
Attaques menées par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique
Ces derniers jours, le régime iranien a multiplié les attaques contre des camps et des installations civiles au Başur, dans le sud du Kurdistan. Jeudi soir, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a attaqué le camp de Surdaş près de Dukan, à proximité de Sulaimaniyah, à l’aide de huit drones. Des incendies se sont déclarés à plusieurs endroits. Le camp abrite des membres des familles de combattants du Parti Komala, le camp des partis politiques du Kurdistan oriental. À ce jour, on ne dispose d’aucune information sur l’étendue des dégâts ou sur d’éventuels blessés. L’Alliance des forces politiques du Kurdistan oriental condamne fermement ces attaques. Une déclaration urgente a été adressée au Secrétaire général et au Conseil de sécurité des Nations unies, au gouvernement des États-Unis et à ses alliés, au gouvernement central irakien et aux organisations internationales de défense des droits de l’homme. La déclaration souligne que la République islamique d’Iran a poursuivi ses attaques systématiques au cours des 21 derniers jours, violant à plusieurs reprises la souveraineté nationale de l’Irak et le droit international. Le régime a mené de nombreuses attaques à la roquette et au drone, détruisant des camps de réfugiés et des installations des partis kurdes.
Il est donc important de réagir face à ces attaques et de renforcer la pression internationale. Nous savons que les régions et les organisations kurdes du Moyen-Orient jouent un rôle central dans ce conflit.
La stratégie de paix, de solutions diplomatiques et de désescalade pour la population kurde reste d’actualité. Il est donc important de réagir à ces attaques et de renforcer la pression internationale. Nous savons que les régions et les organisations kurdes au Moyen-Orient jouent un rôle central dans la guerre au Moyen-Orient. La stratégie de paix, de solutions diplomatiques et de désescalade pour la population kurde doit continuer à être défendue.
Sur ce, nous vous adressons nos salutations révolutionnaires depuis le Rojava.

