Message du Rojava – 29.03.2026

Chères amies,

Nous vous écrivons pour vous faire part des dernières nouvelles du Rojava, le cœur de la révolution des femmes. Ces derniers jours, l’art et la culture ont occupé une place particulièrement importante dans la société du Rojava.

Commémoration des internationalistes tombés au combat

Chaque année au Rojava, une commémoration est organisée en l’honneur des internationalistes qui ont perdu la vie dans la lutte pour une vie libre et pour la défense de la révolution du Rojava. Des centaines de personnes se sont rassemblées cette année pour se souvenir des rêves et des idéaux des disparus. Ils ont vécu et sont morts pour une vie juste et libérée, où chacun peut être soi-même. Pour une vie fondée sur la communauté et l’amour.
La lutte des martyrs a été honorée à travers des pièces de théâtre, des poèmes, des messages vidéo de leurs proches et des danses.
Des fleurs, fermement enracinées dans la terre et en pleine floraison, poussant et disposées parmi les images des morts, symbolisent l’espoir de la liberté.
Les participants portent fièrement dans leur cœur les idées, l’inspiration, le courage et la détermination des martyrs et continuent à les faire vivre.

  • Sehîd Namirin – Les martyrs sont immortels.

Journée mondiale du théâtre

À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, le 27 mars, les organisations culturelles kurdes TEV-ÇAND et Hunera Mizgîn ont souligné l’importance de l’art et de l’action culturelle.
Le rôle du théâtre dans la résistance sociale et politique revêt une importance particulière à notre époque, celle de la modernité capitaliste. L’esprit et la pensée sont fortement influencés par la modernité capitaliste. La société est de plus en plus exposée à un sentiment d’absurdité et d’impuissance. Pour contrer cela, il est important de diffuser l’espoir d’une vie épanouissante et juste. L’art et la culture jouent un rôle essentiel à cet égard. Ils nous offrent des occasions d’allumer l’esprit de résistance et le feu de la liberté.

Théâtre révolutionnaire

Cette semaine, nous avons assisté à la pièce révolutionnaire Mamma Togni, mise en scène par la troupe Komina Şano. Cette pièce, écrite par Franca Rame et Dario Fo, a été jouée pour commémorer le centenaire de la mort de l’auteur et metteur en scène Dario Fo.
L’idée de rendre hommage à Dario Fo en jouant l’une de ses pièces est née dans les montagnes du Kurdistan, où l’art et la culture font partie intégrante de la vie.
Mamma Togni est un monologue dramatique qui se déroule dans l’Italie de l’après-guerre. La pièce raconte l’histoire de Giuseppina Modena, également connue sous le nom de Mamma Togni, une mère, antifasciste et révolutionnaire.
La troupe de théâtre a élargi le monologue pour y inclure les voix de mères du Kurdistan.

La pièce montre que le fascisme italien a la même idéologie déshumanisante que celle prônée par Daech, l’État turc et le gouvernement intérimaire syrien. Il repose sur la même logique du pouvoir étatique, ainsi que sur l’exclusion et l’assassinat de tous ceux qui ne se conforment pas à son idéologie.
Au début de la pièce, Mamma Togni prépare le repas lorsqu’elle apprend qu’un rassemblement fasciste a lieu sur la place du marché. Elle connaît le fascisme par expérience et comprend que de tels rassemblements ne doivent pas être légitimés. Elle se met en route vers la place du marché. Mamma Togni, une femme profondément ancrée dans la société et sa mémoire, fait entendre sa voix. Dans un geste symbolique, elle frappe le pied du micro et l’orateur avec sa canne. Le rassemblement est perturbé et la communauté se soulève pour protester. La police arrive tout aussi vite et l’arrête, ainsi que les manifestants, mais même en prison, la protestation ne peut être réprimée.

Grâce au soutien de la communauté, Mamma Togni obtient la libération des prisonniers.
Une autre scène met en avant son rôle de mère auprès des combattants de la liberté tombés au combat. Avec la mort de son fils, tombé en combattant le fascisme, elle est devenue la mère de la société.

Profondément ému, le public s’est levé à la fin du spectacle, applaudissant et chantant « Bella Ciao ».

Attaques sur les minorités religieuses

Suweida

Le rapport des Nations Unies fait état de violences massives commises lors des attaques contre Suweida en juillet. Ces attaques ont causé la mort de 1 700 personnes et entraîné le déplacement d’environ 200 000 autres. La Commission d’enquête des Nations Unies évoque d’éventuels crimes de guerre et relève des indices laissant supposer que des crimes contre l’humanité auraient également été commis.

Seqlbiya

Pourtant, les habitants de Suweida puisent leur force dans la mobilisation et descendent dans la rue pour manifester. Samedi dernier, les habitants se sont rassemblés et ont manifesté en solidarité avec les habitants de Seqlbiya, qui avaient été attaqués vendredi par des groupes islamistes.
Seqlbiya est une ville à majorité chrétienne de la province de Hama. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) rapporte que les attaques ont été déclenchées par le harcèlement de plusieurs jeunes filles par des hommes de la ville voisine de Qalaat al-Madiq. Cette agression a été empêchée par l’intervention de passants.
En réponse, les agresseurs se sont mobilisés pour commettre des pillages, des destructions et des actes de violence.
Les habitants de la ville ont alors organisé un sit-in pour protester contre les tensions récentes, demander des comptes aux responsables et mettre un frein à la prolifération des armes non contrôlées dans la région.

Mentalité fasciste

Nous assistons de plus en plus à des attaques perpétrées par une idéologie d’État fasciste, une force de haine, et à un génocide identitaire en Syrie. Cela se traduit avant tout par des attaques contre les minorités religieuses, telles que les populations druzes, alaouites et chrétiennes. Ces attaques se caractérisent par une politique de division et une violence extrême.
Concernant les effets d’une mentalité d’État fasciste, Kongra Star a publié la brochure « La machine à haine et le génocide identitaire en Syrie (2025-2026) », disponible sur son site web.
… Pour contrer la mentalité d’État fasciste, des manifestations ont été annoncées contre la visite du président syrien autoproclamé, Al-Jolani, le 30 mars à Berlin.

Sur ce, salutations révolutionnaires depuis le Rojava.

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